Matinale « AI for Humanity » : une recette de gastronomie intellectuelle préparée par des scientifiques étoilés… 

Des scientifiques de premier rang étaient invités au Collège de France pour la conférence « AI for Humanity », accompagnant la publication du rapport sur l’IA de Cedric Villani, hier (29 mars 2017).

En continuité des forces et limites exposées par trois spécialistes des réseaux de neurones, dont le Pr. Y. Lecun, « Monsieur Deep Learning » (Facebook AI), la douce Noriko Arai – directrice du projet Todaï (Tokyo University) – nous résume crument la réalité : « Pourquoi l’AI échoue aux épreuves de l’examen d’entrée de l’Université ?… Parce qu’elle ne comprend rien. Elle fait juste très bien semblant de comprendre. ».

C’est toutefois suffisant pour répondre à 80% des questions.  Diplomate raffinée, Noriko Arai choisit la symphonie de Jupiter (Mozart) pour illustrer ses travaux puis nous fait savoir ce qu’il en ressort : la lecture est le facteur déterminant de réussite scolaire dans notre système éducatif… avec les questions que cela pose sur l’adéquation au travail.

Fei Fei Li, directrice du prestigieux Stanford AI Lab confirme : « La définition de l’IA aujourd’hui, c’est un ordinateur qui joue parfaitement aux échecs pendant que la salle prend feu ».

A suivre, récompensée aux Etats-Unis (2016) pour son livre ‘Weapons of Maths Destruction » en catégorie « Nonfiction », la mathématicienne Cathy O’Neil met en garde : « Ceux qui développent les algorithmes se cachent derrière l’autorité du mur de mathématiques et ils bénéficient de cela […] mais la plupart de ces algorithmes sont mathématiquement mauvais, nuls […] on peut mieux faire, ces algorithmes ont un effet destructeur sur la société ». Ces conclusions sont notamment illustrées par le procès contre le test de recrutement de Fox News, aux conséquences économiques et sociales graves (Intelligence Artificielle ou Idiotie Naturelle ?).

Latanya Sweeney, directrice du Data Privacy Lab de Harvard confirme : « Il n’y a actuellement aucune mesure sur les effets négatifs des recommandations et décisions induites par l’AI sur l’économie […] ».

La précision avec laquelle les problèmes que pose l’IA sont définis par les intervenants scientifiques rappelle avec bonheur qu’un problème bien posé est déjà à moitié résolu. Alors, l’espoir d’une IA bienveillante nous étreint…

Enfin cela, c’était avant que le discours politico-financier ne fasse disruption en nous expliquant que l’IA allait « rapidement » changer, grâce au GDPR.

Telle les feuilles mortes du Luxembourg, la pertinence du propos distillé s’est ensuite ramassée à l’appel sous-jacent du financement public miroitant au soleil du risque financier, puis se rétro-propagea en de furtives convolutions, vers l’incinérateur national de startups éphémères – sans commentaire :-].

Accueillir le rapport d’un mathématicien médaillé Fields comme il se doit nécessitait manifestement une force morale dont seuls les sommités scientifiques ont fait preuve à cette occasion. Ce rapport est à lire soigneusement sur https://www.aiforhumanity.fr/.

Finalement, la matinale AI for Humanity laisse le souvenir d’une recette de gastronomie intellectuelle préparée par des scientifiques étoilés, amnésiquement piétinée dans la danse politique incantatoire, puis que les derniers convives ont fini par se lancer les uns aux autres avant d’emporter les couverts.

En avoir bien saisi le début semble donc un avantage certain pour comprendre les problèmes posés en IA, pendant que les médias se chargeront probablement de nous servir les restes en perfusion. : )

 

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